Environnement et Tourisme Vert en Côte d'Ivoire

Le Sud Forestier 

Grand Bassam : Classée à l’Unesco, et après ? 
 
Les autorités ivoiriennes avaient annoncé comme une grande victoire le classement de certains quartiers historiques de Grand-Bassam, première capitale de la Côte d’Ivoire, au patrimoine mondial de l’Unesco (Saint Petersburg, 2012).  
Clairement, les autorités (il faut citer la municipalité de Grand-Bassam, qui a changé de bord politique à la faveur de l’élection très disputée d’octobre 2018, le Ministère de la Culture – actuellement Ministère de la Culture et de l'Industrie des Arts et du Spectacle – et le Ministère du Tourisme, qui se flatte de réalisations stratégiques et de représentants dans toutes les instances internationales) n’ont pas compris qu’il fallait voir avant tout dans ce classement un encouragement à restaurer et entretenir ce patrimoine et non un satisfecit éternel. Dans les faits, l’inscription à l’Unesco n’a rien changé. Nous constatons que les vénérables bâtisses continuent à se dégrader d’une manière alarmante, et que les quelques efforts qui avaient été consentis dans le but d’obtenir l’inscription n’ont pas été poursuivis et ont été réduits à néant par le manque d’entretien et le laisser-aller général, quand il ne s’agit pas de dégradation volontaire assimilable à du vandalisme. 
Une brève visite effectuée le 30 novembre 2021 nous a permis de constater la triste situation. 
Pour commencer, la route qui était bordée de cocoteraies et de petits villages traditionnels, est désormais jalonnée de constructions plus horribles les unes que les autres. Certains groupes de maisonnettes (« logements sociaux ») construits il y a quelques années sont déjà considérablement enlaidis par la dégradation des enduits et peintures extérieurs. Il faut s’attendre à ce que, dans les prochaines années, l’urbanisation soit continue et dense depuis Port-Bouet jusque Grand-Bassam, comme elle est devenue entre Cocody et Bingerville au Nord-Est d’Abidjan, et comme elle deviendra sans doute aussi un jour entre Yopougon et Dabou à l’Ouest. Même à l’entrée de Grand-Bassam, où a été repoussé le village artisanal, celui-ci s’étiole, les cabanes des artisans sont de plus en plus dispersées et manifestement assez peu intéressantes. Il faut bien admettre que la pandémie de Covid-19, même si elle a parfois très bon dos, a raréfié le touriste occidental friand de souvenirs exotiques et mis à mal le commerce qui le cible…  
Plus loin, le rond-point de la gare est une fois de plus en travaux. Le semblant de verdure qui entoure la statue des femmes est ceint de tôles qui dissimulent l’ensemble et réduisent la chaussée. En allant vers le quartier France, on note plusieurs constructions nouvelles, dont un réceptif hôtelier de luxe (à droite), mais on constate aussi que les travaux du stade (à gauche) n’ont pas avancé d’un pouce (et ça fait des années que c’est comme ça !)

A l'entrée de la rue des manguiers, une pizzeria bien intégrée dans le paysage, au milieu d'un environnement proprement restauré.

Agréable surprise, juste après avoir traversé le pont de la Victoire sur la lagune, on constate que le carrefour et le début de la rue des manguiers a été restauré, propre et bien fait, le trottoir parfaitement pavé et bordé d’apatams de style traditionnel bien intégrés… avec une arrière-pensée commerciale accueillante (pizzas, maquis). Mais si on poursuit un peu, on déchante. Car si cet aménagement attrayant avait été réalisé sur une bonne portion de cette voie, avec de jolis réverbères, avant l’inscription à l’Unesco, il n’a pas été entretenu sur toute sa longueur. Les pavés sont disjoints ou enlevés, les réverbères cassés ou absents, des constructions ont été démolies entre la rue et la lagune, et l’espace libéré est jonché de dépôts sauvages de détritus. Les manguiers ont bien poussé et fournissent une fraîcheur très bienvenue, mais les jeunes manguiers qui avaient été plantés pour remplacer les arbres morts n’ont pas survécu. Certains ont été remplacés par des palmiers, mais l’esthétique n’y est plus, et, surtout, la fraîcheur n’est pas au rendez-vous. 

Sous les manguiers touffus, fraîcheur, pavés et plantations accueillent le visiteur..
Vue de la terrasse du maquis "Le Quai", la lagune envahie par une végétation incontrôlée ne présente plus qu'un minuscule chenal. L'ouverture annoncée de la passe fera-t-elle dépérir spontanément cette végétation inopportune ?

Quant à la lagune, on peut constater à partir du pont, qu’elle est encombrée d’une végétation surabondante qui bloque partiellement son cours, à tel point que, par endroits, on a l’impression d’une terre émergée continue entre les deux rives. Le joli bateau qui devait servir de salle de restaurant, amarré sur la lagune entre les maquis « Blue Lagoon » et « Le Quai » a sombré, et l’épave est restée sur place, attendant sans doute que ses structures pourrissent pour dégager le passage…

Novembre 2021...  cherchez l'erreur !
Novembre 2015...   (no comment)

Mais le plus regrettable est l’état du patrimoine architectural. Les bâtiments des entreprises emblématiques (CFAO, SCOA, etc.) continuent de tomber en ruine. On avait cru, à un moment, que leur léger « nettoyage » était un prélude à une restauration, mais il n’en a rien été. L’ancien Hôtel de France (en face du Musée National du Costume, ancien palais du Gouverneur, à côté de la Maison des Artistes) continue de disparaître. Les palissades qui avaient été posées autour du terrain, et qui nous laissaient imaginer que des travaux allaient être entrepris, se dégradent elles-mêmes. La végétation luxuriante continue de ronger le gros-œuvre à tous les étages, et le but final de ces palissades n’est que d’empêcher l’installation des petits commerces qui y avaient pris place, au mépris du danger présenté par cette construction désormais chancelante. Même la Poste, qui avait été restaurée avant l’inscription à l’Unesco, et pompeusement rebaptisée « Maison du Patrimoine Culturel de Grand Bassam », et qui avait abrité une exposition de peinture durant des années, est à l’abandon, ses volets de bois se disloquent et ses escaliers métalliques se déglinguent. Et pourtant, quand on veut, on peut, ce que montrent clairement les bâtiments de l’Église catholique, parfaitement entretenus, qui paraissent flambant neufs à côté des ruines, pourtant patrimoine mondial… 

L'ancienne poste, pourtant restaurée il y a quelques années et pompeusement rebaptisée "Maison du Patrimoine Culturel" est dans un état pitoyable, avec ses volets cassés aux peintures défraîchies et ses escaliers déglingués...

Revers de la médaille, l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco a été un prétexte pour les opérateurs touristiques de Grand Bassam pour pratiquer des augmentations scandaleuses de leurs tarifs (sans pour autant que la qualité des prestations ou l'attractivité du site aient été améliorées). Il ne faudrait pas que les autorités considèrent cette inscription comme acquise de manière définitive et irréversible, les dispensant du moindre effort de restauration et d’entretien de ce patrimoine, qui est manifestement totalement à l’abandon mais qui est pourtant leur fonds de commerce. C’est assez décevant et cela fait de Grand Bassam, comme d’Assinie, une destination très surévaluée qu’il vaut mieux éviter. Car n’oublions pas, si on ne s’intéresse pas au patrimoine, que les distractions y sont rares, médiocres et coûteuses et que la mer y est très dangereuse et donc l’intérêt balnéaire y est très relatif.

A grand Bassam, on n'est pas avare de monuments commémoratifs et autres cérémonies comme le montre cette stèle à la mémoire des victimes de l'attentat du 13 mars 2016, érigée à l'entrée du quartier France, ou cet autre monument aux morts situé dans le même quartier, tous parfaitementt entretenus. Serait-ce un fonds de commerce plus lucratif que le patrimoine architectural ???