Le fleuve Sassandra en aval du barrage de Soubré
Environnement et Tourisme Vert en Côte d'Ivoire

Une culture omniprésente dans la région 

Avec une production de l'ordre de 2 millions de tonnes de fèves de cacao par an, la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial en volume et couvre environ 30% du marché. Avec son climat chaud et humide, la région de Soubré est l'une des plus grandes productrices de cacao (et accessoirement de café) du pays. Le cacaoyer (Theobroma cacao) est un arbuste originaire d'Amérique centrale. C'est une plante délicate, du genre de celles qui exigent tout et son contraire : de la chaleur mais pas de grand soleil, de l'humidité mais pas trop d'eau, etc. Elle est très sensible aux maladies cryptogamiques. A l'origine, c'est une plante de sous-bois qui pousse à l’ombre des arbres des grandes forêts, où elle trouve sen environnement préféré. Mais pour d’évidentes raisons de productivité, la pratique a évolué et on trouve principalement des plantations denses en champ ouvert où les grands arbres se font rares et les plants sont serrés et exposés au grand soleil. 

Une plantation de cacoyers vieillissants et malades à proximité de Soubré
Une plantation de cacao comme on en voit beaucoup dans la région de Soubré. On notera que ce genre de culture n'a rien de "forestier" !

Le cacaoyer est un arbuste aux grandes feuilles lancéolées vert clair (parfois rougeâtres pour les jeunes feuilles), aux tiges souvent tortueuses et couvertes de mousses et au feuillage assez clairsemé. Les fleurs sont petites (quelques mm) et blanches, en forme d’étoiles, elles apparaissent au bout d’une courte tige, regroupées sur des coussinets qui poussent à même les troncs et les grosses branches. Elles sont pollinisées par des petits insectes et mûrissent et produisant une sorte de grosse noix ovale de forme irrégulière appelée cabosse, de diverses couleurs. Les cabosses sont constituées d’une enveloppe plus ou moins épaisse selon les variétés, renfermant des fèves en nombre et de taille variables selon les variétés. Ces fèves sont blanches et entourées d’un mucilage blanc.  

Aspect typîque d'une plantation vieillissante (environ 40 ans)
Les cabosses sont récoltées manuellement, puis ouvertes manuellement aussi. Les fèves sont mises à fermenter. Elles prennent alors une couleur brune, et ce n’est qu’à ce moment que se forme le goût caractéristique du cacao (et du futur chocolat), dû à une substance particulière, la théobromine. Les fèves sont alors mises à sécher (étalées au soleil sur des claies ou des nattes en plein air dans la pratique traditionnelle artisanale), puis ensachées. Le taux d’humidité résiduelle est un paramètre important de la qualité du cacao pour l’exportation. 
Les minuscules fleurs blanches en forme d'étoile des cacacoyers apparaissent par groupes à même le tronc et les grosses branches.

En Côte d’Ivoire, le commerce du cacao est très réglementé. Seuls des exportateurs agréés peuvent effectuer les transactions. Le prix des fèves « bord champ » est fixé par l’Etat, et l’Etat perçoit une taxe « DUS » (Droit Unique de Sortie) qui constitue l’une de ses principales ressources. Il est à noter que le prix « bord champ » qui était fixé à 1100 FCFA/kg en 2016 a chuté à 700 FCFA/kg en 2017 du fait d’une mévente constatée en 2016. Il faut également noter qu’une certaine partie de la production « fuit » par les pays frontaliers (notamment le Ghana, lui-même producteur), pour échapper au DUS et profiter d’un prix d’achat un peu plus favorable. La production «officielle» est donc sans doute légèrement sous-évaluée. La consommation locale est marginale. 
Les pratiques agricoles concernant le cacao appelleraient de nombreux commentaires. En premier lieu, la cacaoculture est l’une des principales causes de déforestation, elle se développe en particulier, de manière illégale mais au vu et au su de tous, dans les « forêts classées » et dans les parcs nationaux. La culture qui devrait s’effectuer à faible densité sous l’ombrage des grands arbres, juste un peu éclaircis, se fait donc en plein soleil et de manière intensive. Les arbustes, qui sont productifs à partir de quelques années et devraient être remplacés ou régénérés au bout de 25 à 30 ans, sont laissés vieillissants, produisent moins et de moins bonne qualité, et attrapent donc des maladies et sont la proie des ravageurs (phénomène aggravé par la densité excessive des plantations), imposant l’emploi massif de pesticides. Le cacao «bio» est quasiment inexistant. 
Plus récemment est apparue (ou plutôt réapparue) de manière dramatique et menaçante, une maladie virale spécifique appelée «Swollen shoot» (maladie des pousses qui enflent), transmise par un petit insecte parasite (la cochenille farineuse Pseudococcus calceolariae), qui mène irrémédiablement à la mort des plants touchés en quelques années. Aussi, dans la région de Soubré, des centaines d’hectares de plantations sont arrachées et en cours de régénération. La régénération peut s’effectuer avec des plants obtenus par semis, qu’il s’agisse de plants de variétés traditionnelles, ou d’un cultivar «miracle» baptisé «cacao Mercédès», très rapidement productif, mais à la robustesse et à la longévité incertaines. Elle peut aussi s’effectuer par greffage, soit sur de nouveaux plants, soit sur des parties saines de plants malades. Le greffage permet ainsi de mieux contrôler la nature exacte du matériel végétal. 
En ce qui concerne la mise en place de jeunes plants, elle s’effectue en association avec d’autres espèces végétales, comme les bananiers, par exemple, de manière à procurer l’ombrage nécessaire au développement des jeunes cacaoyers, plus fragiles.  
Cet effort de mise à niveau du verger peut être observé dans les environs immédiats de Soubré. On peut également y observer des plantations de caféiers, parfois seuls, parfois associés à des cacaoyers. 

Un cacaoyer vigoureux chargé de cabosses, comme on en voit trop rarement
Grâce à la technique du greffage, ce cacaoyer porte les fruits de deux différentes variétés.
Les fèves de cacao fermentées sont mises à sécher au soleil et retournées régulièrement.
Des sacs de  fèves de cacao certifié prêts à l'expédition.